De Fribourg à Muttersholtz via Colmar

Wasselonne, le 8 août 2019.

Après avoir visité la capitale du Bade-Wurtemberg, en route aujourd’hui pour l’Alsace. Breisach aux portes de France nous a projetés dans le vignoble alsacien de Colmar et Kaysersberg. Nous avons fuit les orages pour nous réfugier chez Nicolas à Muttersholtz.

En route pour l’Alsace

Le camping est synonyme de promiscuité. Des gens attablés, non loin de notre tente, aussi exubérants qu’intarissables étaient les seuls à donner de la voix. Italiens qu’ils étaient, ils ne faisaient pas que parler avec les mains. Les autres, silencieux comme nous, étaient plutôt occupés à trouver un moyen de s’endormir malgré tout. L’orage qui grondait au loin a fini par éclater, et la pluie qui s’est abattue d’un coup a fait fuir les beaux parleurs comme la courante a fait détaler les prussiens de Valmy.

Au petit matin calme mais humide, nous avons décampé et repris notre tandem en direction du Rhin et de l’Alsace où un logement en dur pour la nuit nous attend à Colmar. Un couple tandémiste de warmshowers s’est montré prêt à nous accueillir.

La route nous a conduit à travers le vignoble de Merdingen, la cité médiévale de Breisach, enfin, Colmar, la Belle d’Alsace.

Mais que fabrique Sylvie ?
On a trouvé une roulotte pour compléter notre équipement.
« Qui s’y frotte s’y pique ». La Lorraine n’est pas si loin.

Les vignobles de Merdingen

Une vraie belle grappe de Merdingen. Allemagne.
Une belle vue de Merdingen. Allemagne.
La mairie de Merdingen. Allemagne.
Pause à côté d’un étang paisible. Ihringen, Allemagne.

Pause déjeuner à Breisach-am-Rhein

Nos ventres commençaient déjà à se creuser avant d’arriver dans la ville de Breisach-am-Rhein. C’est dans cette cité historique, appelée par les Français Vieux-Brisach, que nous allions donc assouvir notre faim. Mais il a fallu un dernier effort avant de se sustenter. Grimper la colline du Münsterberg. Siège d’un établissement celtique, elle nous offrira un banc pour notre copieux banquet. Cette colline a été occupée d’ailleurs bien avant les Celtes, on trouve traces de l’implantation humaine à l’âge du fer. Pour se retrouver en haut de la colline où siègent la cathédrale et l’hôtel de ville, il a fallu passer sous une première porte, la Gutgesellentor, et mettre pied à terre pour pousser le tandem sur les pavés de la Münsterbergstrasse, rue avec une assez forte déclivité. La deuxième porte est en fait la tour d’une prison, dite la tour Hagenbach, du nom d’un bailli bourguignon, un certain Peter von Hagenbach, qui y fût prisonnier avant son jugement en 1474. Une petite escale sur une petite place sur la gauche où se dresse une statue, un monument aux morts de la seconde guerre mondiale.

Un arrêt à Breisach s’impose.
La Gutgesellentor. Porte Gutgesell 1402. Endommagée en 45 et reconstruite dans les années 50
Rue bien pentue de Breisach conduisant au Münsterberg.
Petite grimpette sous un soleil généreux.
La tour Hagenbach servait de prison.
Autre vue sur la tour, depuis le monument aux morts.
Vue depuis le haut de Münsterberg; La colline de la cathédrale.
La cathédrale de Breisach

La Cathédrale est le symbole de Breisach. Elle fut bâtie entre le XIIème et XVème siècle dans un style roman et gothique. Bien que fortement touchée lors de la seconde guerre mondiale en 1945, certaines de ses œuvres importantes ont pu être conservées. La place de la cathédrale servait de cimetière du Moyen-Âge au XVIIème siècle, ce fût par la suite la place d’armes jusqu’au XVIIIème siècle. Elle fut pour nous notre lieu de restauration. A l’intérieur de la cathédrale, il y a des peintures murales attribuées à Martin Schongauer et un reliquaire comportant les ossements de saint Gervasius et saint Protasius.

Intérieur de la cathédrale de Breisach. Partie de la fresque murale de Martin, représentant le jugement dernier.
Intérieure de la cathédrale de Breisach. Châsse renfermant les reliques de saint Gervais et Protais.
Midi sur un banc sur la place de la cathédrale. Breisach.
Vue sur la ville et la la Forêt-Noire.

Zurück nach Frankreich / Retour en France

La pause méridienne fut plus longue que prévue et nous avions encore des kilomètres à parcourir avant de rejoindre Colmar où nous devons passer la nuit. Du coup, nous n’avons pas visité Neuf-Brisach, cité classée par l’UNESCO pour ses fortifications. Nous avons aperçu une partie de l’oeuvre de Vauban dont la célèbre porte sans nous y arrêter. Nous avons filé plein ouest vers Colmar.

On nous demande souvent, « combien de kilomètres journaliers vous fixez-vous ? » Notre réponse, toujours, la même : »Nous n’accomplissons pas une performance sportive, le nombre de kilomètres par jour nous importe peu. Nous voulons garder notre liberté et prendre notre temps ». Cependant, parfois nous aurons des horaires à respecter et donc une certaine distance à accomplir en cas de point de chute pour la nuit ou un rendez-vous avec des personnes qui nous attendent. Ce qui est justement le cas ce jour. Il nous faudra appuyer sur les pédales pour arriver en fin d’après-midi chez Emmanuelle et Michaël. Le relief ne sera pas très méchant avec nous. Même si nous voyons les Vosges s’approcher de nous, la plaine d’Alsace sous nos roues facilite notre avancée.

Après avoir traversé le pont qui enjambe le Rhin, « Tschüss Deutschland ! », pénétré dans des bois, longé des champs, emprunté des pistes de terre, nous arrivons en fin d’après-midi à Colmar.

Juste au-dessus du Rhin entre Allemagne et France. N’en déplaise aux détracteurs des accords de Schengen.
Nous reconsidérons les limitations de vitesse de manière à les respecter.
Un passage à niveau sans barrière en pleine forêt. Nous respectons ce stop. Un train pourrait bien passer par là.

Premier logement chez l’habitant

Depuis notre départ de Strasbourg, hormis la nuit à la belle étoile dans le parc à Fribourg, nous avons à chaque fois dormi sous notre tente. Il nous fallait désormais expérimenter la nuit chez l’habitant et tester l’application Warmshowers. Emmanuelle et Michaël ont répondu rapidement à notre demande. Ce qui nous avait interpelé dans leurs profils c’est le fait qu’ils voyagent régulièrement en tandem. Nous aurons donc un toit pour cette nuit et nous dormirons au sec.

C’est en fin d’après midi que nous arrivons à Colmar. Après avoir fait quelques courses nous nous rendons à l’adresse de nos hôtes. C’est Emmanuelle qui nous a accueillis. Elle nous propose le rez-de-chaussée. Nous dormirons au sec. Même notre tandem y trouvera place. Le couple loge au premier. Invités à utiliser la cuisine pour préparer notre repas, c’est à l’étage que nous rencontrons Michaël. Elle est psychomotricienne et lui est architecte. Nous avons échangé sur leurs voyages en tandem en Allemagne et en Italie notamment et sur notre projet tour du monde. Ils ont actuellement mis entre parenthèse le temps de rénover leur maison.

Quand nous avons quitté notre logement, Michaël était déjà parti à son travail. Emmanuelle nous a salué et souhaité un bon voyage. Enchantés par cette expérience, nous avons décidé de réitérer et de procéder à une nouvelle demande pour la nuit même. Rapidement nous recevons une réponse d’un certain Nicolas du côté de Sélestat. Il nous prévient que sa maison est en chantier craignant ne pas pouvoir nous offrir tout le confort qu’il aimerait pouvoir proposer. Nous ne rechignons pas et acceptons de nous rendre chez lui. Le fait de savoir que nous dormirons au sec alors même que la pluie annoncée avait commencé à tomber nous complait.

Notre tandem au sec chez Emmanuelle et Michaël. Colmar.
Emmanuelle et Sylvie. Colmar.
Emmanuelle et Hervé. Colmar.

Colmar, la Belle d’Alsace

La plupart des noms de villes ou villages alsaciens ont une consonance germanique. Ce n’est pas le cas de Colmar. L’étymologie évoque le combat, la guerre. En effet, Collis Martis, nom gallo-romain de la ville, est composé de « kolba » signifiant la massue en gaulois et de Martis le dieu romain de la guerre. Un temple dédié à cette divinité se trouvait sous l’actuelle église saint Martin.

Située au centre de l’Alsace, entre les deux autres grands pôles industriels que sont Strasbourg et Mulhouse, Colmar est une ville, de taille moyenne, possédant de très nombreux monuments. Ses quartiers typiques sont particulièrement beaux et bien mis en valeur. La pluie qui nous chagrine, n’entame pourtant en rien le charme de Colmar, dite la belle d’Alsace. Il est vrai que nous aurions préféré voir cette belle sous le soleil et mettre dans la boîte de belles images.

La pluie n’effraie point le touriste.
Pose en imperméable. Colmar.

Pluie diluvienne à Kaysersberg

Nous avions prévu d’emprunter la route des vins. Sans doute l’une des plus belles de France. Nous pensions bien que la météo allait bouleverser nos prévisions mais gardions notre optimisme pour monter tout de même jusque Kaysersberg. Mais la pluie déjà abondante avait redoublé d’intensité. Kaysersberg sous des trombes d’eau, dans un restaurant nous a conduit. Son nom, le Kaysers-Bier, juste en face de l’hôtel de ville. Suffisamment transits étions-nous pour y commander un baekoeffe. Ce plat plutôt hivernal nous a réchauffé l’intérieur et la flammenküche aux myrtilles pour terminer ce repas a réjoui nos papilles.

Le plat à Baeckoeffe. Kaysersberg.
Un plat hivernal ou pour temps de pluie. Kaysersberg.

Baeckeoffe signifie « le four du boulanger ». Il s’agit d’un plat traditionnel, à base de viandes et de légumes marinés, pommes de terre et oignons notamment. Ce plat était confectionné, dans le temps, par les ménagères avant d’aller aux champs. Elles le mettaient à cuire dans le four du boulanger, seul four du village à l’époque.

Une tarte flambée aux myrtilles. Kaysersberg.

Du courage il nous en a fallu pour quitter ce restaurant pour enfourcher notre tandem sous des trombes d’eau. Nous avions tenté de trouver asile pour la nuit de manière à attendre l’accalmie promise pour le lendemain. Mais en vain. C’est donc, comme nous l’avions au début de la journée planifié, du côté de Sélestat, plus exactement à Muttersholtz qu’il faudra nous rendre en bravant les éléments.

Une route du vin à l’eau

On ne peut mettre de l’eau dans le vin. La pluie nous a éloigné des vignobles. Et c’est avec une certaine dose de frustration que nous avons dû laisser de côté, Riqwhir, Ribeauvillé et bien d’autres de ces beaux villages alsaciens au contrefort du massif vosgien. Les maïs avaient les pieds dans l’eau, ce qui ne nous satisfaisait pas pour autant. Des fontaines s’improvisaient à travers les bouches d’égouts. Les pauses se faisaient rares et les kilomètres défilaient. Nous foncions d’un bon rythme sur Sélestat.

Derrière les nuages, le massif vosgien.
La route des vins du côté de Orschwiller.
A l’approche de Sélestat, une accalmie. Kintzheim
Pause dans le vignoble de Kintzheim.

Nous ne pouvions presque rien photographier, nous étions trempés jusqu’à l’os malgré nos imperméables. Tester notre équipement était l’un de nos objectifs. Il y aura donc quelque chose à revoir concernant nos vêtements de pluie. En revanche, nos sacoches Ortlieb étanches offertes par Alex de Rustine et Burette sont plus que performantes et nous savons que nous pourrons réellement compter sur elles lorsque les nuages auront décidés de nous mouiller.

Schlestadt ou Sélestat

Sur les coup de 17h, nous arrivâmes à Sélestat.

Une légende raconte qu’elle fut fondée par un géant nommé Sletto, Sélestat serait donc la ville de Sletto. Entre 1870 et 1918, sous domination allemande, elle s’est appelée Schlestadt. C’est ainsi que la nomme Zola dans « La Débâcle« .

Point de débâcle pour nous puisque c’est dans les parages de Sélestat que la pluie a enfin cessé. Un répit pour rendre une petite visite à la troisième ville d’Alsace pour la richesse patrimoniale, derrière Strasbourg et Colmar. Labellisée Ville d’art et d’histoire en 2016, la ville possède notamment par exemple un bel ensemble urbain médiéval. Cette cité nous a autant séduits qu’étonnés. Nous n’aurions pas pensé qu’elle pouvait avoir autant de charme. C’est par un château d’eau centenaire que nous a accueillis Sélestat. Un couple allemand à vélo est venu nous aborder, curieux par notre tandem que nous mettions sur béquilles, juste devant la Tour Neuve. Habitués à voyager en vélo, il retournait chez eux à Munich après avoir sillonné l’Alsace.

Nous sommes d’abord passé sous la Porte Neuve pour remonter ensuite tranquillement la rue des Chevaliers avec ces charmantes boutiques et maisons à colombages. Sur le toit du complexe Sainte Barbe, il y avait des cigognes. Un habitant de Sélestat nous aborde à son tour et nous demande si nous sommes Alsaciens et où nous allons. A peine avions-nous eu le temps de lui répondre qu’il s’est mis à parler de lui, des différents métiers qu’il a faits, les maladies qu’il a contractées, des accidents qu’il a subits, des nombreux sports qu’il a pratiqués, des personnalités de tout milieu qu’il a côtoyées. Ce monsieur avait certainement besoin d’être écouté, espérons que notre patience ait pu le satisfaire.

Nous aurions aimé approfondir notre visite. Trop tard pour nous rendre à la bibliothèque. Celle-ci est l’une des deux seules bibliothèques humanistes d’Europe. La riche collection d’ouvrages de la Renaissance qui y est conservée saura bien attendre notre retour. Nous devions rejoindre la bourgade de Müttersholtz et notre hôte Nicolas.

Le château d’eau centenaire nous accueille dans la ville de Sélestat.
La Tour neuve. Sélestat.
Sélestat, rue des Chevaliers.
Sélestat, rue des Chevaliers.
Une cigogne de Sélestat.

Nous confirmons par téléphone à Nicolas de notre arrivée. Or, une déviation nous a rallongé la route de plusieurs kilomètres. A la fin d’une bonne journée de pédalage, toute distance supplémentaire à l’itinéraire prévu apparaît comme un petit supplice pour nos muscles bien sollicités et les points d’appui quelque peu engourdis.

Notre hôte Nicolas

Avec ses panneaux solaire sur le toit, la maison de Nicolas à Muttersholtz.

Nous arrivons à Mutterholtz un peu tard, le ciel étant très bas, le soir était déjà bien assombri. La rencontre avec Nicolas a été pour nous particulièrement marquante. Son accueil fut d’une générosité rare. Il nous a offert l’apéritif et le repas. Nous avons mangé des produits de son jardin. Sa maison est en cours de construction, il l’a souhaite autosuffisante et écologique.

La cinquantaine, il a un passé conséquent de voyageur à vélo, notamment en Asie et en Amérique latine. Il est, en outre, membre du jury du Festival du voyage à vélo qui a lieu tous les ans en janvier à Vincennes. Nous avons visionné trois films particulièrement inspirants qui ont d’ailleurs été primés. Nous avons passé la soirée à parler aventure. Nicolas nous a donné des conseils notamment pour trouver un bivouac de manière à ce qu’il soit sécurisé.

Nous sommes couchés après minuit, sans que nous rendions compte du temps écoulé.

Un clin d’oeil :

  • à Emmanuelle et Michaël de nous avoir accueilli en nous offrant un logement bien au sec. Ils sont et resteront nos tout premiers hâtes warmshowers. Merci à eux pour leur accueil.
  • au couple allemand à vélo rencontré à Sélestat à qui nous souhaitons de nombreux trips à vélo.
  • à cet homme de Sélestat aux multiples vies.
  • à Nicolas, notre second hôte warmshower. Une rencontre exceptionnelle. Nous espérons le revoir quelque part dans le monde.

Publié par

Hervé Moine

Professeur certifié de philosophie, enseignant au Lycée Polyvalent de Pointe Noire en Guadeloupe, depuis la rentrée 2007. Précédemment au Lycée des îles-sous-le-vent à Raiatea en Polynésie française et dans un certain nombre d'établissements de l'Académie de Nancy-Metz. Actuellement en disponibilité pour effectuer un tour autour du monde en tandem.

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