Réfléchir pour limiter et compenser les vols en avion

Operating for Cubana. YYZ.

Un article de Pascale Krémer, paru l’édition du 22 février 2019 du Monde, montre que les voyageurs s’affirmant écologistes, faisant des efforts quotidiens pour limiter leur impact sur l’environnement, commencent à culpabiliser en prenant conscience que prendre l’avion pour voyager anéantit tous les efforts jusqu’alors consentis. Certains même se découvrent hypocrites.

Naissance d’une mauvaise conscience !

Comment, en effet, militer en faveur de l’environnement, avoir le souci de la transition énergétique et du changement climatique, agir en faveur des générations présentes et futures pour qu’elles puissent jouir de la biodiversité, signer des pétitions pour espérer des politiques, des entrepreneurs et des décideurs économiques d’user de leur pouvoir pour engager un brusque changement de cap de nos sociétés, faire de la pédagogie destinée à ceux qui demeurent dans l’inconscience ou l’insouciance de la situation désolante et inquiétante dans laquelle se trouve notre monde, les informer du désastre total qui s’annonce à court terme et les inviter à leur tour au changement de comportements de consommateurs, en un mot, comment proposer un nouveau rapport à la nature et un autre modèle de vie pour le bien et la survie de tous, tout en prenant l’avion sans aucun complexe, tout heureux de partir en vacances.

Vers un tour du monde sans avion ?

Pour nous, qui, après avoir larguer notre automobile, comptons voyager autour du monde avec notre tandem en limitant notre empreinte carbone, n’ayant nul besoin de nous rendre à la pompe, en étant précautionneux relativement à notre propre comportement en évitant de laisser des traces durables après notre passage, de rencontrer, au cours de notre itinéraire, des personnes et des associations militant en faveur de la préservation des écosystèmes et des richesses environnementales, proposant des initiatives et des pratiques innovantes en matière d’agroécologie et de consommation raisonnée et aller à la rencontre des enfants dans les écoles pour partager à propos de la question du rapport des humains à la nature, cet article du Monde ne nous laisse pas indifférents et nous porte à réfléchir. Car, il est bien évident, que notre aventure nous conduit évidemment à relier des coins de notre terre à d’autres par la voie des airs. L’avion est ce qui, en principe, devra nous transporter, nous, nos personnes et notre monture écologique d’Asie en Australie, d’Australie en Amérique latine et il nous faudra bien regagner l’Europe. Il est bien évident qu’un tour du monde ne peut se faire en deux roues de manière continue. Par exemple, songer traverser le détroit de Bering pour relier l’extrême orient sibérien au continent américain par l’Alaska s’est tout simplement rêver les yeux ouverts. Le problème qui se pose donc à nous est de savoir comment il va nous être possible de boucler un tour du monde en évitant l’avion.

Une nécessité de compenser

Pour l’instant, nous n’avons pas de réponse, mais assurément, nous ne pourrons pas ne pas y réfléchir. Des pistes possibles sont à explorer : – jouer sur l’itinéraire pour limiter au maximum les trajets en avion, – trouver des moyens de transport alternatifs, le bateau par exemple, à condition que celui-ci ne pollue pas davantage que son concurrent des airs et – compenser au maximum les vols s’avérant malgré tout nécessaires.

Ci-dessous l’article du Monde en question. Bonne lecture ! Si toutefois vous avez des idées ou des remarques, n’hésitez pas à nous en faire part, nous sommes preneurs.

Hervé Moine

L’avion, plaisir coupable de l’écolo voyageur

Vendredi 22 février 2019

L’avion, plaisir coupable de l’écolo voyageur

En vacances, j’oublie tout, surtout mon empreinte carbone. Pour le citoyen « responsable », le voyage côté hublot fait partie de ces petits arrangements avec la conscience écologique. Dans de nombreux pays, les incitations à la détox aérienne se multiplient. Pascale Krémer

Ils ont renoncé aux Coton-Tige, au Nutella et même à l’harmonie scandinave de la cuisine depuis l’adoption du lombricomposteur et des moucherons qui vont avec. Alors pas question d’annuler le Paris-New York de cet été… Ils embarqueront avec les enfants, trop de bagages et ce léger sentiment de culpabilité qui gagne, depuis peu, ceux qui ont l’heur de voyager et de songer à leur bilan carbone.

Malaise et premières tensions entre copains, devant la pizza quatre légumes. Peut-on se dire écolo tout en s’envolant pour le week-end à Porto ? L’avion sème la zizanie. D’un côté, ceux qui connaissent les chiffres et commencent à s’interroger. De l’autre, ceux qui ne veulent surtout ne rien savoir de peur d’objectiver ce qu’ils pressentent : tous ces efforts louables pour acheter en vrac ou cuisiner les légumes bizarres du panier Amap n’auront rimé à rien s’ils prennent la direction de l’aéroport.

Quarante fois plus polluant que le train

Ne me dites pas… Qu’un aller-retour Paris-New York envoie plus d’une tonne de gaz carbonique dans l’atmosphère par passager, soit autant qu’une année de chauffage et le cinquième des émissions annuelles d’un Français. Que tout trajet national ou européen en avion pollue quarante fois plus que le TGV, sept fois plus que le bus, deux fois plus qu’une voiture avec trois passagers. Que le secteur aéronautique est responsable de 2 % des émissions mondiales de CO2. Soit deux fois plus qu’un pays comme la France.

2 % seulement ? Et vous me priveriez pour si peu de la petite semaine andalouse prévue à Pâques ? Un chiffre trompeur, selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) qui souhaite « briser le tabou »en lançant « un débat démocratique sur la maîtrise du développement du transport aérien ». Car ce secteur connaît une croissance exponentielle (quatre milliards de passagers en 2018, le double prévu dans vingt ans), et les progrès technologiques qui y sont attendus ne suffiront pas à absorber l’explosion de ses émissions de gaz à effet de serre.

« En huit heures de voyage, je fous en l’air une année de zéro déchets et 95 % de consommation locale et responsable. » Isa, du blog « Let’s go ».

Cerise sur le brownie du plateau-repas : il est exempté de tout accord onusien de réduction des émissions. La croissance de ces dernières fera simplement l’objet d’une compensation carbone, à partir de 2020, pour les vols internationaux.

Bref, au vu de cet « impact considérable sur le réchauffement climatique planétaire, impact qu’on peut évaluer à 5 % si l’on prend en compte l’ensemble des gaz à effet de serre émis, et pas seulement le CO2 » , il est urgent de « rechercher une baisse du trafic aérien », insiste Lorelei Limousin, du Réseau Action Climat. Qui observe l’émergence d’une prise de conscience, y compris hors des cercles militants.

C’est vrai que l’on se vante moins de la petite escapade balinaise, sur les réseaux sociaux. Toujours un fâcheux pour vous renvoyer à votre empreinte carbone… Chez les blogueurs voyage, le temps est même venu de l’introspection. « En huit heures de voyage, je fous en l’air une année de zéro déchets et 95 % de consommation locale et responsable,écrit Isa, du blog « Let’s go ». Je commence à ne plus vivre bien avec ça. En résumé, je suis une grosse hypocrite. »

« Schizophrène », même, se flagelle Pierre Grante, 30 ans, blogueur d’Un notre monde, temporairement installé en Thaïlande « On sait que voyager fait partie des activités nocives pour l’environnement. Mais on empêche le cerveau de trop y penser pour ne pas se sentir coupable. Moi qui me prétends écolo, qui suis végétarien, j’ai une empreinte beaucoup plus forte que ceux qui n’ont pas les moyens de voler. »

Elle affleure, déstabilise, crispe à tous les coups, cette question de l’avion. Dissonance cognitive, diagnostiquent les psys, face à une telle incohérence entre convictions et pratiques. Car les accumulateurs de miles sont aussi ceux qui ont la volonté, les moyens, de manger bio et de rouler à vélo électrique.

Juliette Belliard, 28 ans, professeure d’anglais, incarne parfaitement ce malaise : « J’ai tout bon sauf l’avion ! », avoue-t-elle d’emblée Colocation, refus de passer le permis de conduire, régime végétarien depuis sept ans. Mais Jordanie en ligne de mire pour les vacances. « Le voyage annuel en avion, je n’arrive pas à l’abandonner. Sans ça, je n’aurais pas le courage de tenir les autres résolutions. C’est ma récompense. » L’avion, dernière frontière du citoyen en transition écologique. Sacrifice ultime, une fois entrecôtes et SUV abandonnés.

1 500 jets privés pour le sommet sur le climat

Des figures héroïques de renonciation se dressent, barrant la piste d’envol de leurs bras écartés. L’adolescente suédoise Greta Thunberg en tête, qui s’est fait connaître en interpellant les puissants sur leur inaction climatique. En janvier, elle a rejoint le Forum économique mondial de Davos (Suisse) en trente-deux heures de train, avant dedénoncer les 1 500 jets privés des dirigeants venus évoquer le réchauffement climatique.

Deux autres Suédoises, Maja Rosen et Lotta Hammar, ont lancé une campagne de boycottage : « We stay on the ground 2019 » (« Nous restons au sol en 2019 »), déjà suivie par 15 000 de leurs compatriotes. A Vienne, il y a trois ans, Magdalena Heuwieser les avait devancées avec son manifeste et réseau international « Stay grounded » pour en « finir avec l’avion roi ».

Au Danemark, le quotidien de gauche Politiken vient d’annoncer que ses journalistes ne prendraient plus de vols intérieurs, que ses pages Voyage, aussi, seraient repensées : priorité aux pays nordiques. Sur Twitter pullulent les hashtags incitant à la détox aérienne ou témoignant d’une nouvelle « honte » de voler (#flyingless, #stopflying, #flightfree2019, #flugscham, #flygskam…). Des universitaires et chercheurs y mettent désormais en scène leurs épopées en chemin de fer, comme ces climatologues qui ont fondé le collectif No Fly Climate Sci (« Ne prenez pas l’avion, climatologues »).

« Au voyage en avion est lié un imaginaire de déconnexion de ce monde hyper rapide, hyper techno. » Amélie Anciaux, Université catholique de Louvain

Et les Français ? Pour 35 % des interrogés par l’Ademe, en 2018, « ne plus prendre l’avion pour les loisirs » est un objectif dont ils se sentent « incapables » ou qui serait « difficile » . Si l’échantillon était réduit aux seuls clients del’aérien, ce pourcentage serait encore plus fort, se doute l’Ademe. « Au voyage en avion est lié un imaginaire dedéconnexion de ce monde hyper rapide, hyper techno, observe Amélie Anciaux, qui prépare une thèse à l’Université catholique de Louvain (Belgique) sur la consommation verte. En vacances, j’oublie tout, même mon empreinte carbone. C’est l’exception écologique. »

Pour l’instant dominent donc le déni, l’irritation contre les « Khmers verts » et autres « Notre-Dame-des-Landes », les petits arrangements avec la conscience écologique. « Les voyages m’ouvrent les yeux sur ce qu’endure la planète »,entend-on. Ou encore : « Les avions décolleront sans moi de toute façon. » Et : « Avec tous les efforts que je fais, l’avion me rapproche simplement des émissions moyennes des Français. » De même : « J’irai au Pérou, mais sur place, si je vois un gars jeter un papier gras sur le Machu Picchu, je l’éclate ! »

Le kérosène non taxé

Tout pousse à emprunter le prochain couloir aérien. Les incessantes publicités incitant à « succomber aux envies d’ailleurs », les billets low cost, les promotions du Web, les programmes de fidélisation, les pouvoirs publics se félicitant de la croissance du secteur aérien – et le subventionnant. Sans compter les alternatives qui manquent ou coûtent cher. Les trains de nuit disparaissent (plus que deux en circulation dans l’Hexagone). Même sur un trajet de500 kilomètres, l’avion bat souvent le train, côté porte-monnaie.

Car les dés sont pipés, déplore Matthieu Orphelin, député (ex-LRM désormais non-inscrit) du Maine-et-Loire, proche de Nicolas Hulot, qui « ne consomme l’avion qu’avec modération » . Contrairement à l’essence et au diesel, le kérosène n’est pas taxé, comme l’ont remarqué les « gilets jaunes », alors qu’il pourrait l’être pour les vols intérieurs. Les billets nationaux ne sont pas soumis à la TVA à taux plein, encore moins à la contribution énergétique.

« Pour baisser les émissions de la France de 3 % chaque année, tous les secteurs doivent contribuer, rappelle le député. L’avion symbolise les grands voyages, la liberté. Mais il n’y aura pas de tourisme dans un monde dévasté. Même s’il bouscule toute une culture, le sujet de l’aérien va s’imposer. » Au niveau européen ? L’idée d’une taxe sur les rejets de CO2 des avions revient régulièrement (le 12 février, encore, sur proposition néerlandaise) avant des’effacer, telle une traînée de condensation striant le ciel.

Dans la génération Erasmus et Ryanair, pourtant, l’idée d’un « flexitarisme » aérien commence à faire son chemin. « Moi, je suis flexitaérien », se vantera-t-on bientôt ? Comme pour la viande, pas question de s’interdire, mais deréduire allègrement. Les vols d’agrément en priorité puisque, au boulot, proposer une téléconférence ne réjouit pas, hors période d’économies. Un long-courrier par an, de rares vols européens, plus le moindre en France ? Chacun se fixe un cadre moral de bric et de broc. Ex-grand voyageur repenti, Juan Martinez, 28 ans, chargé de mission environnement dans une mairie, s’accordera « un vol par an, mais pas de long-courrier ».

Récemment, il a gagné le Maroc en ferry (48 heures), la Catalogne en train de nuit, covoiturage et bus (17 heures). « C’est la suite logique de tout ce que j’ai entrepris pour réduire mon impact. Je reprends conscience des distances, je regarde les paysages traversés. Le déplacement redevient une aventure, une composante du voyage. »

A l’université parisienne de Jussieu, le 8 février, les étudiants ont programmé leur première grève climatique, une semaine plus tard, et formulé leurs revendications prioritaires. Dont l’interdiction des vols intérieurs.

« Nous essayons de renforcer l’offre sur la France et l’Europe, à pied et à vélo, en prenant le train. » Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du monde

Sentant poindre cette sobriété stratosphérique, Air France permet depuis septembre 2018 à ses clients decompenser les émissions carbone de leur voyage en finançant la plantation d’arbres dans le pays de leur choix pour quelques dizaines d’euros.

Le PDG de Voyageurs du monde, Jean-François Rial, affiche lui aussi des tarifs « comprenant la compensation carbone à 100 % des transports des clients et collaborateurs ». Mais surtout, il s’interdit désormais de proposer certains voyages « inacceptables » « Les long-courriers en dessous de cinq nuits, les allers-retours en Europe dans la journée, c’est non ! Nous essayons aussi de renforcer l’offre sur la France et l’Europe, à pied et à vélo, en prenant le train. »

Cyclotourisme et succès du Guide Chilowé

Le voyage lent et de proximité, voilà qui est du dernier chic. En témoignent le boom du cyclotourisme ou le succès du guide Chilowé des « micro-aventures de plein air et de courte durée près de Paris » – de Lyon, Bordeaux et Nantes, aussi, bientôt. Descendre la Seine en paddle, écouter le brame du cerf à Rambouillet ou en Sologne, bivouaquer un soir de semaine…

« Pas besoin d’un vol transcontinental, la France est un immense terrain de jeu » , pour le cofondateur de Chilowé, Thibaut Labey, trentenaire « culpabilisé par un récent voyage en Colombie-Britannique [ouest du Canada] ».

Guillaume Cromer, lui, se dit en plein « deuil » de plaisirs aériens. Cet expert ès tourisme durable persuade les collectivités locales que « les premiers touristes de demain seront intrarégionaux ». Il leur faut donc « construire denouveaux imaginaires sur l’ailleurs, dépayser grâce à des hébergements atypiques, comme les cabanes perchées ».Perchées bien haut pour voir la cime des arbres, comme depuis le hublot.

Pascale Krémer

Cet article est paru dans Le Monde.fr

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Agir pour le climat, c’est d’abord identifier puis réduire les gaz à effet de serre que nous émettons au quotidien et sur lesquels nous pouvons agir à la source.

En parallèle, la compensation carbone permet d’agir pour la part d’émissions de gaz à effet de serre incompressibles que nous ne pouvons ou ne savons pas encore réduire de manière satisfaisante, en soutenant des projets de terrain environnementaux et sociaux.

Publié par

Hervé Moine

Professeur certifié de philosophie, enseignant au Lycée Polyvalent de Pointe Noire en Guadeloupe, depuis la rentrée 2007. Précédemment au Lycée des îles-sous-le-vent à Raiatea en Polynésie française et dans un certain nombre d'établissements de l'Académie de Nancy-Metz. Actuellement en disponibilité pour effectuer un tour autour du monde en tandem.

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