De Poitiers à Nouméa en tandem.

L’aventure de Mathilde et Victor

Partis le 15 juin 2017 de Poitiers et arrivés 307 jours plus tard, le 17 avril 2018, à Nouméa en Nouvelle-Calédonie, Mathilde et Victor sont rentrés en France le 7 juillet 2018 après 388 jours de voyage.

Le tandem de Mathilde et Victor

L’essentiel de leur projet s’inscrivait autour d’un voyage au long court à vélo, « moyen de transport respectueux de l’environnement, qui facilite la rencontre des gens et des cultures » comme ils le disent eux-mêmes. Leur vélo qui leur « permet de parcourir de grandes distances sans (trop) se fatiguer » est en fait un tandem. Raison pour laquelle, leur aventure nous a particulièrement intéressés, aventure qui les a conduits à travers le continent eurasien, de la France métropolitaine jusqu’en Nouvelle-Calédonie, dans le Pacifique Sud puis sur le chemin du retour depuis la Turquie à travers les Balkans.

Poitiers – Nouméa, l’itinéraire de Mathilde et Victor

Pourquoi ce jeune couple a-t-il choisi le tandem comme moyen de locomotion ?

Tout d’abord, le tandem est un vélo, et en tant que tel c’est « un moyen de transport simple, à faible contenu technologique et à la portée de tous ». Pour Malthilde, le tandem permet d' »être tout le temps ensemble, pour ne pas se perdre ou devoir s’attendre » et de « vivre les choses ensemble au même moment. Pour Victor, « le tandem suscite plus la curiosité que deux vélos simples. C’est un bon moyen d’amorcer des contacts et conversations ! »

Le tandem de Mathilde et Victor et sa remorque qui a attirée notre attention

Le bilan de l’aventure en vidéo

Comme l’heure est au bilan, Mathilde et Victor nous offre une vidéo qui résume leur voyage.

Retour d’expérience et de pensée

Si l’on visite leur blog https://poitiersnoumea.wordpress.com/blog/, nous pourrons particulièrement apprécier la plume de Mathilde et le bel esprit de ce jeune couple. Ils nous proposent notamment une réflexion sur notre civilisation fondée sur la voiture et l’intolérance de l’automobiliste à l’égard du deux roues à pédales ainsi que sur la question environnementale.

Apprendre à partager la route

« En tant que cyclo-voyageurs au long cours, nous avons forcément eu des réflexions sur le partage de la route entre les différents usagers. Dans un monde idéal, les cyclistes et les automobilistes n’auraient pas à partager les mêmes voies. Nous avons globalement ressenti, en Europe et surtout en Australie, une grande frustration de ne pas être respectés. Nous qui avançons à la force de nos muscles et la sueur de notre front, nous qui ne faisons pas de bruit, nous qui ne prenons presque pas de place sur la chaussée, nous qui ne polluons pas… Nous sommes parfois indésirables sur des territoires conçus exclusivement par et pour l’automobile : routes, parkings, ponts à 6 voies, tunnels interminables, stations essence, concessionnaires, lavage-auto… Bref, apprendre à partager la route avec tous les usagers nous semble primordial, car une route une voie de communication et de transport terrestre, dont l’usage n’est PAS réservé aux voitures. Peut-être pouvons-nous nous inspirer des Asiatiques, qui a défaut de règles de circulation claires, roulent lentement (oui, vive la limitation à 80 km/h sur nos routes !), se croisent en toute fluidité et respectent tous les usagers, qu’ils soient tuk-tuks, ânes, vélos, charrettes à bœufs, scooters à 5 passagers… Sans parler de leur patience et leur calme à toute épreuve. »

Une prise de conscience encore plus aiguë de l’état environnemental et social catastrophique de notre monde.

« Nous avons saisi la schizophrénie dans laquelle nous vivions : travailler dans le développement durable mais être adeptes des vols low cost ; trier ses déchets au lieu de ne pas en générer, enrichir les géants de l’agro-alimentaire et de la distribution au lieu de privilégier les circuits courts (car chacun de nos choix de consommation est un acte politique), etc. Nous avons beau « savoir » et « être conscients », les dissonances dans nos modes de vie à tous sont nombreuses et partout. La fulgurante transition technologique de nos sociétés s’est opérée plus hâtivement que nos progrès cognitifs… »

Un nécessaire passage à l’acte

« Nous mettons petit à petit en place des changements dans nos vies : nous ne mangeons plus d’animaux dès lors que nous sommes aux commandes du menu, nous décidons de ne plus prendre l’avion, nous privilégions le vélo et les transports en commun dès que possible, nous évitons d’acheter des objets neufs, nous faisons du tri dans nos vies et supprimons de nos quotidiens quelques activités superficielles et polluantes (vidéos stupides, facebook, publicités, etc.), nous ambitionnons de produire une plus grande partie de notre nourriture nous-mêmes, nous optons pour une nouvelle vie à la campagne plus proche de la nature et des animaux, pour un mode de vie plus simple, moins dépendant du pétrole et plus résilient (c’est-à-dire résistant aux chocs). Il faudrait 2,8 Terre si toute l’humanité vivait comme les Français (écart entre notre consommation annuelle de ressources et la capacité régénératrice de la Terre), notre ambition est de n’en consommer plus qu’une… voire moins. »

Pour en lire davantage sur l’aventure et les réflexion de Mathilde et Victor : https://poitiersnoumea.wordpress.com/blog/

Publié par

Hervé Moine

Professeur certifié de philosophie, enseignant au Lycée Polyvalent de Pointe Noire en Guadeloupe, depuis la rentrée 2007. Précédemment au Lycée des îles-sous-le-vent à Raiatea en Polynésie française et dans un certain nombre d'établissements de l'Académie de Nancy-Metz. Actuellement en disponibilité pour effectuer un tour autour du monde en tandem.

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